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L'insuffisance rénale chronique - IRC

Par le Pr Maryvonne Hourmant, CHU de Nantes.


Cette fiche a été relue et validée par :


- Mery Fazal Chenai, UFC Que Choisir, Nantes


  • Insuffisance rénale chronique versus maladies rénales chroniques
 L’insuffisance rénale chronique (IRC) est une altération de la fonction de filtration des reins. Elle est due à une maladie rénale chronique (MRC) sous-jacente, encore appelée néphropathie. Lorsque les lésions de la MRC deviennent importantes, l’IRC se manifeste.
 
 L’altération de la fonction rénale se traduit par l’accumulation de déchets normalement éliminés par les reins. Deux d’entre eux sont utilisés pour mesurer le degré d’altération de la fonction rénale : l’urée et surtout la créatinine, dont le taux augmente de plus en plus dans le sang avec le degré d’IRC. A partir de la créatinine, on calcule le niveau de fonction rénale, ou débit de filtration glomérulaire, grâce à des formules qui ne sont pas parfaitement exactes. C’est pourquoi certaines personnes ont un débit de filtration glomérulaire abaissé sans que l’on puisse affirmer chez elles la présence d’une MRC. Dans tous les cas, un bilan doit être réalisé et la fonction rénale surveillée régulièrement.
 

La plupart des MRC (mais pas toutes) se traduisent par la présence dans les urines de sang et/ou d’un excès de protéines (protéinurie), principalement de l’albumine, avant même qu’apparaisse l’IRC. Il est donc possible de procéder à un dépistage précoce.

  •   Qui est concerné ?

La MRC a plusieurs origines. Les plus répandues sont les néphropathies d’origine vasculaire, que l’on trouve chez les personnes hypertendues et souffrant de maladie athéromateuse, (ou athéromatose, maladie des artères) et les glomérulonéphrites (affections qui touchent le glomérule, structure responsable de la fonction filtre des reins). Les néphropathies liées au diabète sont de plus en plus fréquentes. Les sujets âgés, les personnes diabétiques, obèses, porteuses d’une pathologie cardio-vasculaire (infarctus du myocarde, artérite, accident vasculaire cérébral) ou dont le taux de cholestérol est élevé sont plus sujettes à l’IRC que le reste de la population.

 

Chez d’autres personnes, l’IRC peut être la conséquence d’une malformation urologique ou encore d’une maladie d’origine génétique comme la polykystose rénale qui se manifeste par la présence de kystes dans les reins, dont la croissance va comprimer le tissu rénal normal.

 

Certaines MRC ont quasiment disparu au fil du temps, à l’instar des glomérulonéphrites en rapport avec des angines mal soignées (celles-ci pouvaient en effet conduire à l’apparition d’albumine et de sang dans les urines, d’oedèmes des jambes et d’une insuffisance rénale).

  •  En quoi consiste le dépistage ?
 L’IRC étant indolore, c’est la notion de risque vis-à-vis d’elle qui doit inciter à pratiquer le dépistage. Celui-ci consiste en une prise de sang qui permet de doser la créatinine.
 

L’IRC peut être prévenue si on s’attache à rechercher la MRC qui en est la cause. Pour la mettre en évidence, le geste est très simple et consiste à faire une bandelette urinaire où l’on recherche la présence de sang ou de protéines. La bandelette urinaire est réalisée chez toutes les personnes surveillées par la médecine du travail et la médecine scolaire, qui de ce fait rendent d’énormes services en matière de dépistage des maladies rénales. Ce qui est possible dans ce cadre devrait pouvoir être proposé systématiquement aux personnes à risque de MRC, notamment par leur médecin traitant et pourquoi pas les pharmaciens.

  •  Une fois le diagnostic posé, quelles sont les modalités de la prise en charge ?
 L’IRC, indolore, fait des dégâts cardiaques, vasculaires et osseux de façon insidieuse. La prise en charge proposée par le néphrologue a pour but de les éviter, voire de proposer un traitement curatif susceptible de guérir complètement la maladie.
 

Il a par ailleurs les moyens de freiner l’évolution de la MRC comme de l’IRC. De grandes études ont déterminé les facteurs susceptibles de dégrader la fonction rénale et d’autres ont montré qu’en mettant en place certaines mesures pour corriger ces facteurs, il est possible de retarder l’évolution vers l’IRC. Ces mesures dites de néphroprotection visent un bon équilibre tensionnel (objectifs < 130-80  mm Hg) et la réduction de la protéinurie (< 0,50 gr/jour). Cela peut être obtenu par certains médicaments efficaces sur ces 2 facteurs à la fois. La néphroprotection comporte aussi un bon équilibre du diabète le cas échéant et l’absence de consommation de médicaments toxiques pour les reins.

 

La prescription de nombreux médicaments doit être adaptée à la fonction des reins. En effet,  chez les personnes qui ont une IRC, ces médicaments peuvent soit s’accumuler et entraîner des complications, soit aggraver l’IRC. La bonne connaissance de l’IRC doit donc éviter de se placer sans cette situation. Insistons sur le danger que représente l’automédication pour les insuffisants rénaux, en particulier quand il s’agit d’anti-inflammatoires qui suivant le degré de l’IRC sont soit totalement interdits, soit ne peuvent être consommés que sous couvert d’une surveillance médicale de la fonction rénale.

 

L’IRC, l’hypertension artérielle qui souvent l’accompagne et la protéinurie ont des effets néfastes sur le cœur et les vaisseaux. Le néphrologue organise donc la prise en charge par un cardiologue et corrige tout ce qui peut détériorer la fonction vasculaire du patient.

 

Le moment venu, le néphrologue prépare le traitement par dialyse afin que la prise en charge médicale et psychologique s’effectue dans les meilleures conditions. C’est également lui qui dirige précocement les sujets jeunes, mais aussi les moins jeunes désormais, vers la transplantation rénale afin de leur éviter l’étape de la dialyse.

  •  Qu’est-ce que la dialyse ?
 La dialyse consiste à épurer au travers d’une membrane le sang du patient insuffisant rénal de tous les déchets que ses reins ne sont plus capables d’éliminer. Les patients qui ont atteint le stade terminal de fonctionnement de leurs reins ont besoin de cette épuration dite extra-rénale pour rester en vie.
 


Il existe 2 techniques de dialyse :

 
  1. L’hémodialyse, où le sang du patient est dérivé à partir des vaisseaux du bras vers une machine qui porte la membrane., véritable filtre artificiel. De part et d’autre de cette membrane se produisent des échanges entre le sang du patient d’un côté et un liquide de composition connue, le dialysat, de l’autre. Les déchets du sang du patient passent dans le dialysat tandis que ce dernier transfèrent des substances nécessaires à l’équilibre de l’organisme et qui manquent chez l’insuffisant rénal. Le sang épuré est ensuite restitué au patient toujours par l’intermédiaire des vaisseaux du bras. Pour que l’accès à ces vaisseaux soit facile et que le débit de sang dans le circuit ainsi créé soit élevé, une communication entre une artère et une veine du bras (fistule artério-veineuse) est réalisée chirurgicalement sous anesthésie locale avant la première séance de dialyse. Une bonne épuration extra-rénale nécessite que des dizaines de litres de sang passent sur la membrane. Les séances d’hémodialyse durent donc en moyenne 4 heures et se répètent 3 fois par semaine. L’hémodialyse est généralement effectuée dans une structure techniquement équipée pour cela, médicalisée ou non, en présence d’une infirmière ou non. L’âge et les problèmes médicaux d’un patient déterminent le type de structure indiqué. Certaines personnes se dialysent elles-mêmes à domicile.

  2. La dialyse péritonéale (DP) utilise comme membrane d’épuration une membrane naturelle, le péritoine, qui entoure l’intestin. Les échanges se pratiquent alors entre les vaisseaux qui traversent cette membrane et un dialysat introduit dans le ventre par un cathéter de perfusion posé chirurgicalement. Ce sont des échanges très doux mais aussi moins productifs que ceux de l’hémodialyse. La DP doit donc avoir lieu tous les jours. Le volume de dialysat injecté est de 1,5 litre à 3 litres suivant les besoins. L’injection se fait par simple gravité, en mettant la poche contenant le dialysat en hauteur sur un pied à perfusion. Le dialysat reste 4 heures dans le ventre, le temps que les échanges se produisent. Dans cet intervalle, le patient peut vaquer à ses occupations. Le ventre est ensuite vidé en déposant la poche par terre et un nouveau cycle peut démarrer. La moyenne est de 4 cycles par jour. La technique est simple et le patient est formé pour assumer son traitement tout seul à domicile. Pour les personnes âgées, pour lesquelles cette technique douce est particulièrement bien adaptée, le branchement des poches de dialyse peut être confié à une infirmière qui passera toutes les 4 heures. Depuis quelques années, il existe des cycleurs que l’on programme pour réaliser les cycles de façon automatique la nuit. Si le système des poches pouvait paraître très contraignant à des personnes jeunes et actives, la DP sur cycleur s’avère beaucoup mieux adaptée à leur mode de vie.

 

Chaque technique a donc ses avantages et ses inconvénients : douceur mais traitement quotidien pour la DP, traitement espacé mais plus agressif pour l’hémodialyse. Dans tous les cas, le traitement est lourd du fait du nombre d’heures passées à se soigner, de la fatigue qui suit la séance de dialyse, des complications du traitement, des difficultés rencontrées quand le patient veut partir en vacances, mener sa vie professionnelle, la concilier avec sa vie familiale. C’est pourquoi de nombreux jeunes patients disent « vivre entre parenthèses » en attendant la transplantation qui leur permettra de retrouver une vie normale, « détachés de la machine ».

  •  Et la transplantation à partir d’un donneur vivant ?
 Historiquement, la greffe de rein a commencé dans les années 1950 avec la transplantation à partir d’un donneur vivant. A ce jour pourtant, la plupart des transplantations rénales sont réalisées à partir d’un donneur en état de mort encéphalique. Si les transplantations à partir d’un donneur vivant reste modeste en France (8%), elles représentent de 30 à 50 % du nombre annuel des transplantations rénales dans les pays anglo-saxons et scandinaves. La différence n’est pas bien comprise mais elle pourrait être liée à la définition du donneur qui est plus large dans ces pays.
 


Qui peut être donneur ?

La loi de bioéthique n° 94-654 du 29 juillet 1994 qui régit, en France, les prélèvements de rein à partir d’un donneur vivant a été revue en 2004 et a en grande partie adoptée la définition de ces pays. La loi de 1994 limitait le cercle des donneurs aux père, mère, frère, sœur et enfant du receveur. En cas d’urgence, le donneur pouvait être le (la) conjoint(e).
 
 

La loi de bioéthique du 2 août 2004 élargit la définition du donneur en précisant qu’il/elle doit avoir la qualité de père ou de mère du receveur mais que par dérogation, peuvent être autorisés à se prêter à un prélèvement d’organe, dans l’intérêt thérapeutique direct du receveur, son conjoint, ses frères ou sœurs, ses fils ou filles, ses grands-parents, ses oncles ou tantes, ses cousins germains ou cousines germaines ainsi que le conjoint de son père ou de sa mère. Le donneur peut également être toute personne apportant la preuve d’une vie commune d’au moins 2 ans avec le receveur. Ce donneur, que l’on dit affectivement lié au receveur car il n’a aucune parenté génétique avec lui, peut être son(sa) concubin(e) ou une personne qui lui est liée par un PACS. Aux Etats-Unis, il est possible de donner un rein à son meilleur ami. Le donneur doit par ailleurs être majeur, ne faire l’objet d’aucune mesure de protection légale et  répondre à plusieurs conditions liées à :

 

- l’âge : selon les termes de la loi de bioéthique, le donneur doit être majeur. En outre, à ce jour, les équipes de transplantation prélèvent rarement au delà de 60-65 ans. 

 

- la compatibilité des groupes sanguins du donneur et du receveur, selon les règles suivantes :

 
Donneur        Receveur
 
Groupe A        A ou AB
 
Groupe B        B ou AB
 

           Groupe AB      AB (le groupe AB est receveur universel)

 

           Groupe O        Tous (le groupe O est donneur universel)

 

- la santé du donneur : ce dernier doit pouvoir subir une anesthésie et une intervention chirurgicale. Il ne doit avoir aucune maladie que le don de rein et le fait de n’avoir qu’un seul rein puissent aggraver, comme par exemple un diabète ou une hypertension artérielle. Le fonctionnement de ses 2 reins, mesuré par l’urée et la créatinine sanguine, doit être normal et on ne doit trouver aucune trace d’albumine ni de sang dans ses urines. Une échographie vérifie que le donneur potentiel a bien 2 reins et qu’ils sont de taille et de forme normales. Le donneur subira ensuite un bilan plus approfondi réalisé en plusieurs étapes, de l’examen le plus simple au plus compliqué, de façon à éviter les actes inutiles et coûteux. Le but de ce bilan est de limiter les risques de la procédure de don, tant dans la période de l’intervention qu’à long terme chez une personne qui vivra avec un seul rein.

  

Du côté du receveur, avoir une MRC connue pour récidiver sur le greffon est la seule condition exigée pour prétendre à la transplantation. Celle-ci n’a que des avantages pour le receveur. Quel que soit le donneur, c’est la méthode qui donne les meilleurs résultats. L’âge des donneurs en état de mort encéphalique ayant considérablement augmenté depuis le début des années 2000 et ces donneurs ne pouvant être proposés aux insuffisants rénaux jeunes en attente de greffe, l’accès à un greffon de ces derniers est devenu difficile. Pouvoir bénéficier d’un rein d’un donneur vivant est particulièrement important pour eux, d’une part parce que le délai d’attente est réduit au point parfois de leur éviter de recourir à la dialyse, d’autre part parce que ces patients ont besoin d’une transplantation qui fonctionne le plus longtemps possible pour construire leur vie, familiale et professionnelle, ce qu’un traitement par dialyse rend extrêmement difficile.

 
Pour en savoir plus sur le don de rein de son vivant :
 

http://www.ledonlagreffeetmoi.com/Donner-un-organe-de-son-vivant.html

  • Comment participer à son propre traitement ?
 Se prêter au jeu de l’éducation thérapeutique
 
 

Si vous avez une IRC ou une MRC, tout sera fait pour que vous vous impliquiez dans votre traitement. Un traitement sera d’autant plus efficace que vous le prendrez correctement, une hypertension artérielle sera d’autant mieux équilibrée par les médicaments que vous limiterez votre consommation de sel.

 

De plus en plus, et dans toutes les spécialités médicales, une éducation thérapeutique est proposée. Elle a pour objectif de bien faire connaître au patient ses médicaments, de leur utilité aux modalités des prises, en passant par les effets secondaires, ceci afin d’améliorer l’adhésion au traitement. Elle offre un soutien psychologique, indispensable dans une maladie chronique, et essaie dans la mesure du possible de solutionner certains problèmes non médicaux, par exemple sociaux, qui peuvent avoir une incidence sur le suivi du traitement. Le patient apprend à reconnaître les signes annonciateurs d’une évolution défavorable de la maladie ou d’une de ses complications. Dans le domaine de l’IRC, le principal signal d’alarme est la surcharge en eau qui se manifeste par une prise de poids rapide, la présence d’oedèmes des chevilles voire des jambes, parfois un essoufflement. Cette surcharge en eau risque de diffuser vers les poumons, entraînant une détresse respiratoire. Or une surveillance régulière du poids suffit pour mettre en évidence la surcharge qu’une simple réduction des apports de boissons permet de limiter.

   

Respecter une certaine hygiène de vie

  

Le régime est très important dans l’IRC, autant que dans le diabète : appauvri en sel  pour l’équilibre de l’HTA (néphroprotection et protection vasculaire), pas trop riche en protides car cela obligerait le rein à travailler trop (néphroprotection), pauvre en graisses (protection vasculaire).

 

L’auto-médication est à proscrire formellement : pas d’anti-inflammatoires ni de diurétiques sans suivi médical.

 

La protection vasculaire passe par l’arrêt du tabac de la consommation d’alcool.

 

Enfin, pour lutter contre la surcharge pondérale, pratiquer une activité physique s’impose, à raison d’un minimum de 30 mn de marche tous les 2 jours.

 

Il s’agit donc de mesures d’hygiène de vie au sens large qui s’appliquent également à la population générale.

Mise à jour : Mars 2010