La lombalgie
Par le Dr Dominique PLAT, rhumatologue, Le Mans.
La lombalgie constitue un problème majeur de santé publique dans nos sociétés modernes ; en effet 70 % des personnes ont au cours de leur vie au moins un épisode lombalgique. Dans la grande majorité des cas, l’évolution se fait naturellement vers la guérison. Cependant dans un petit nombre de cas, la lombalgie peut devenir permanente et invalidante : on parle alors de lombalgie « chronique ». Or il existe des solutions pour réduire ce risque de passage à la chronicité.
Plusieurs raisons expliquent cette augmentation de la lombalgie dans notre société, notamment :
- notre mode de vie sédentaire, en particulier le fait que l’on marche de moins en moins
- l’excès de poids qui s’aggrave dans notre population du fait de régimes alimentaires inadaptés
- le stress, source de contraintes physiques et psychologiques accrues.
Comprendre le dos
La colonne vertébrale, ou rachis, est constituée de vertèbres, rigides et solides, séparées par des disques souples qui assurent sa mobilité et absorbent les chocs. Une colonne vertébrale en bonne santé supporte sans douleur le poids du corps. Elle comporte de profil des courbures qui assurent le bon équilibre du corps et permettent de bien absorber les contraintes liées aux mouvements et à la marche.
Pour en savoir plus : L'anatomie du dos
Insistons sur les muscles qui jouent un rôle capital dans la bonne santé du dos, avec d’une part les muscles de la colonne vertébrale (qui l’encadrent et la maintiennent à la manière des haubans d’un mât), et d’autre part les abdominaux qui contribuent beaucoup à soulager le dos (s’ils sont correctement musclés bien sûr).
Comprendre la lombalgie
Par définition, la lombalgie est une douleur du bas du dos. C’est un symptôme dont les causes peuvent être variées, mais dans la grande majorité des cas, il s’agit d’une « lombalgie commune », par opposition aux lombalgies en rapport avec une maladie spécifique : ostéoporose, rhumatisme inflammatoire, infection, lésion osseuse, voire parfois une cause extra rachidienne.
En fait, l’origine de ces lombalgies communes n’est pas toujours très évidente. Si on retrouve souvent des lésions d’arthrose, il n’y a paradoxalement pas de parallélisme entre l’importance de ces lésions et les douleurs ressenties.
Différents éléments peuvent intervenir dans la douleur : les disques, les articulaires postérieures, les muscles, etc. Il est bien difficile de faire la part des choses et en fait c’est d’ailleurs sans grande conséquence car ça ne modifie pas fondamentalement la prise en charge.
Ce n’est qu’au cas où la lombalgie persiste, ou en présence de certains signes d’alerte, que votre médecin sera amené à faire d’autres examens pour éliminer une des causes plus rares que nous avons citées.
Pour en savoir plus : Les causes de la lombalgie
La différence entre une sciatique, une cruralgie et une lombalgie
Il est important de bien comprendre cette distinction, car elle va entraîner des différences dans la prise en charge, même si le point de départ est généralement le même, c’est à dire la colonne lombaire.
La sciatique et la cruralgie correspondent à des douleurs irradiant dans le membre inférieur, en rapport avec la souffrance de 2 nerfs qui ont leur origine au niveau du rachis lombaire : le nerf sciatique et le nerf crural.
Les 2 causes principales sont la hernie discale et le canal lombaire étroit.
Lorsqu’on ne parvient pas à guérir une sciatique ou une cruralgie, c’est pour rechercher une compression du nerf susceptible d’être traitée chirurgicalement qu'un scanner ou une IRM vont être demandés.
Dans la lombalgie commune, rien de tel : les indications opératoires sont différentes et bien plus rares et particulières ; c’est pourquoi le scanner et l’IRM n’y ont que peu d’intérêt.
Pour en savoir plus : La sciatique et la cruralgie
Est-ce grave docteur ?
Il ne sera question ici que de la lombalgie commune, qui constitue donc la grande majorité des cas. Selon la durée, la lombalgie est « aiguë » ou « chronique ».
La lombalgie aiguë est une affection bénigne : 90% des cas guérissent rapidement, en moins d’un mois. Toutefois, il s’agit d’un signe d’alerte qui doit inciter à adopter une certaine hygiène de vie pour éviter la récidive, car le dos va rester plus fragile pendant quelques temps.
La lombalgie chronique se définit par la persistance de douleurs lombaires au-delà de 3 mois. Elle est rare : seulement 5% des personnes touchées continuent à souffrir 3 mois après le début d’une lombalgie aiguë. C'est la forme sévère de la lombalgie commune, du fait de son retentissement social, professionnel et économique.
Le problème de la lombalgie chronique est complexe, du fait de la multiplicité des mécanismes qui entrent en jeu. En effet, comme pour toute douleur chronique, vont intervenir alors des phénomènes de dérégulation des systèmes inhibiteurs de la douleur, la participation de facteurs psychologiques et comportementaux dus à la souffrance et à ses conséquences sur la vie sociale et professionnelle.
Quand et qui faut-il consulter ?
Si la douleur persiste, qu’elle est mal soulagée par la prise d’antalgiques (Paracetamol), vous devez d’abord consulter votre médecin généraliste.
En règle générale, les radiographies ne sont indiquées que si la lombalgie persiste sans amélioration pendant 2 semaines au moins.
Cependant certains signes d’alerte doivent inciter à consulter rapidement : douleurs intenses malgré la prise d’antalgique, fièvre, troubles sphinctériens, déficit neurologique …
Dans certains cas, c’est votre médecin traitant qui jugera de la nécessité de vous adresser à un spécialiste.
Pour en savoir plus : Le parcours de soins dans la lombalgie
Quels examens, et pour quoi faire ?
Les examens ont pour but essentiellement de s’assurer qu’il s’agit bien d’une lombalgie commune, en éliminant les causes inhabituelles.
Dans ce cas, ce sont les radiographies qui sont indiquées en première intention, mais nous l’avons vu, en l’absence de signe d’alerte, il faut prendre un peu de recul avant de les demander.
Eventuellement, votre médecin pourra prescrire aussi une prise de sang s’il veut éliminer certaines maladies spécifiques.
Par contre, le scanner et l’IRM ont très peu d’indications dans la lombalgie pure, en l’absence de sciatique ou de cruralgie.
Pour en savoir plus : Les examens complémentaires
Les traitements
Dans la lombalgie aiguë, les médicaments ont surtout pour but de soulager la douleur, en attendant sa guérison qui survient naturellement dans la plupart des cas. La prise d’antalgique à dose efficace aide à maintenir une activité normale et contribue à éviter le passage à la lombalgie chronique.
Une manipulations peut être indiquée, à condition d’être réalisée avec l’approche diagnostique d’un médecin.
La kinésithérapie joue un rôle important, en particulier dans la prévention des rechutes, à condition de bien mettre en application ensuite ce qui aura été appris en rééducation.
En cas de lombalgies persistantes, d’autres moyens thérapeutiques pourront être proposés : infiltrations, ceintures lombaires et corsets en résine, stages de reconditionnement à l’effort.
La lombalgie chronique constitue un problème difficile : il n’y a pas de recette miracle, et lorsqu’un traitement ne s’avère pas suffisamment efficace, on en essaie un autre…
La chirurgie reste d’indication assez exceptionnelle dans la lombalgie.
Pour en savoir plus : Les traitements
Comment participer activement à sa guérison ?
Il y a 2 règles fondamentales :
- Il faut bien prendre régulièrement les médicaments antalgiques prescrits, à doses efficaces. Une douleur qui reste longtemps mal soulagée peut ensuite s’installer durablement de façon autonome (même si la cause initiale disparaît), comme si elle restait en mémoire dans le système nerveux.
- Il faut essayer au maximum de conserver une bonne activité. Il est important de tout faire pour entretenir et renforcer les muscles qui soutiennent le dos et les abdominaux. Les exercices physiques ne vont pas augmenter les risques de complication, au contraire ! Ce sont le repos et l’inactivité qui risquent à long terme de maintenir votre douleur. Marcher 1 heure tous les jours, si possible d’un bon pas, constitue un excellent exercice.
Pour en savoir plus : Comment participer activement à sa guérison ?
Comment éviter les rechutes
Une fois la phase douloureuse aiguë passée, autant faire ce qu’il faut pour éviter que ça se reproduise. En effet si le dos à souffert, c’est qu’il risque de rester fragile.
Et là, tout dépend de vous : personne ne fera les efforts à votre place. Le kinésithérapeute pourra vous aider pour vous conseiller et vous montrer ce qu’il faut faire, mais ensuite, à vous de jouer !
La prévention repose sur plusieurs axes :
- L’apprentissage d’une bonne ergonomie du dos, c’est-à-dire l’acquisition d’un automatisme des bons gestes et des bonnes postures dans les activités de tous les jours.
Pour en savoir plus : Conseils pour ménager son dos au quotidien
- La pratique d’exercices quotidiens chez vous, avec 2 objectifs : lutter contre les raideurs musculaires et renforcer les muscles du dos et les abdominaux.
Pour en savoir plus : Exercices pour le dos
Si vous voulez faire l’acquisition d’un appareil de musculation, le « rameur » est particulièrement recommandé car il permet de faire travailler tous les muscles utiles pour un lombalgique (abdominaux, muscles du dos et des jambes)
- La pratique d’activités physiques et sportives adaptées, avec toujours l’objectif fondamental de renforcer les muscles qui participent au maintien du dos. Ce qui est recommandé : la marche (1 h par jour d’un bon pas), la natation (crawl, dos crawlé mais pas la brasse), l’aquagym, le vélo.
Pour en savoir plus : Sports et activités physiques
- ayez une bonne literie. Le sommier doit être bien rigide. Le matelas doit être ferme, ni trop mou, ni trop dur. La position de sommeil à plat ventre est à proscrire ; dormez sur le côté ou sur le dos
Pour en savoir plus : La literie
- enfin si vous avez des kilos en trop, perdre du poids vous aidera. En effet c’est le bas du dos qui doit supporter les kilos excessifs et qui en souffre. C’est difficile de perdre du poids, aussi le meilleur moyen est de suivre un régime avec l'aide d’un spécialiste (diététicien(ne) ou médecin nutritionniste)
Liens utiles
- Prévention des douleurs du dos : http://www.nantes-mpr.com/rachis/lomb_inf.htm
- Consensus prise en charge lombalgies : http://www.anasys.org/article.php3?id_article=25
- Le site de la lombalgie : http://www.lombalgie.fr/
- Exercices pour lombalgiques : http://www.nantes-mpr.com/rachis/exercices_pour_lombalgiques.htm
Mise à jour : février 2010